Conférence de Nelly Blanchard à Ti ar Vro le 08.02.2012

Le Conseil général, via l'antenne bretonne de la Bibliothèque des Côtes d'Armor à Cavan, ainsi que Dastum et Ti ar Vro Treger Goueloù (Maison de la culture bretonne du Trégor-Goëlo), organisent à Cavan, depuis un an, des soirées thématiques mensuelles placées sous le signe de la découverte des expressions de Bretagne : littérature, édition, recherche…

Kenlabour Dastum/Ti ar Vro/Kuzul-meur Aodoù-an-Arvor
Bep miz e vez aozet e Kawan gant Levraoueg Aodoù-an-Arvor, asambles gant Dastum ha Ti ar Vro Treger-Goueloù, abadennoù evit reiñ da anavezout levrioù nevez embannet e Breizh, pe labour tud ha kevredigezhioù ar vro.

L'invitée du mois de février : Nelly Blanchard
Histor eur famill eus Breïs-Izel
Histoire d'une famille de Basse-Bretagne

Nelly BLANCHARD est maître de conférences en breton et celtique à l’université de Bretagne occidentale (Brest) et membre du Centre de recherche bretonne et celtique.
Depuis ses travaux sur le Barzaz Breiz de La Villemarqué (2006), sur Souvestre (2007) et Penguern (2008), elle développe des recherches sur le peuple dans la littérature de langue bretonne (Burel, 2011).

Mercredi 8 février à 20h30 – Ti ar Vro Treger ha Goueloù, à Cavan

En 2007, la famille de l’arrière-petit-fils d’Hervé Burel ouvre une malle restée longtemps fermée dans le grenier de la maison familiale et y découvre deux cahiers de comptes noirs : 530 pages écrites en breton à l’encre noire ou mauve, d’une écriture soignée et stylisée…
L’aventure intellectuelle et littéraire d’Hervé Burel est inattendue : un paysan qui écrit alors que son rang social aurait dû en faire un exclu de l’écriture littéraire, un paysan anticlérical et anti-noble en pays léonard, un paysan breton issu d’une famille protestante, une parole confinée au cadre manuscrit et donc jamais entendue jusqu’à ce jour, un choix d’écriture en langue bretonne au paroxysme de l’interdiction officielle de la langue bretonne dans le cadre religieux et dans des années où le modèle linguistique français en Basse-Bretagne touche un nombre de personnes de plus en plus important, un breton mondain dans la bouche d’un paysan, l’ombre des romans-feuilletons français chez un bretonnant.
Les mémoires du paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet (Mémoires d’un Paysan Bas-Breton – 1834-1905) ont eu un succès très important il y a quelques années, lors de leur publication. Découvrir qu’un paysan avait osé écrire et qu’il l’avait fait pour dénoncer l’ordre social établi et avec une telle insolence et virulence de ton ont alors stupéfait plus d’un lecteur. On pourrait penser qu’Hervé Burel est un deuxième Déguignet. Ces deux textes dénoncent, en effet, l’injustice sociale et la misère du peuple. Pourtant Déguignet semble plus anarchiste et en révolte contre tous, et Burel davantage impliqué dans la lutte syndicale et valorisant le respect et l’émancipation face au mépris et au mensonge. Par contre, ce qui les distingue radicalement, c’est le choix de la langue d’expression : Déguignet utilise la langue française parce qu’elle représente pour lui la langue de l’émancipation et de la culture. Burel, lui, écrit en breton, non par militantisme, mais parce qu’il maîtrise un spectre large de registres de langue en breton et est capable d’une expression en breton cultivé. Le résultat de leurs expressions donne finalement une image en miroir : alors que Jean-Marie Déguignet universalise par le français un discours local sur le peuple en Bretagne et l’ordre social et politique tel qu’il l’a connu, Burel localise par le breton un discours de portée universelle.

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